Concours

Recommander

Hommage mortuaire

undefined À la douce mémoire de notre adorable Daniel, mort subitement à l'âge de 18 ans, par noyade dans un accident de voiture le 27 mars 2007, undefined et pour sa fille, orpheline de naissance.  
Jeudi 29 mars 2007

9h00, elle me téléphone de l'hôpital, fâchée, très fâchée, et me lance: 

"on écrit dans le journal que mon fils est sain et sauf et que l'on ne craint pas pour sa vie, qu'il est hors de danger, et pourtant, je viens de passer une grande partie de la nuit à côté de son cadavre, je n'aime pas ça"  - Caroline, la maman de Daniel

Elle me demande d'écrire par courriel à ce journaliste pour rectifier les faits.  Elle me demande aussi une brosse ou un peigne.  Elle se sent pas très bien qu'elle me confie.  Sa tante que à qui je suis allé laisser une note à sa porte à l'autre bout de Montréal, la dernière personne de la famille de Caroline qui est vivante, était arrivée en fin de soirée hier, mais était partie durant la nuit incapable de dormir convenacle sur le sofa lit de cette chambre exigüe.  Je ressents bien qu'elle est en détresse.  Je la rassure et je lui dit que je serai là tantôt.

Je n'ai toujours pas "vu" les images de la scène à la télé, je ne suis pas encore prêt.   Ma lecture d'un grand article d'une page dans le Journal de Montréal, au beau milieu des analyses politiques au lendemain des élections, m'explique une partie de la fin tragique de mon fils, avec le récits des premiers répondants.  Quand je lis ce que l'un d'eux écrit sur "les enfants", s'il savait comment on est JAMAIS prêt, et on ne pense jamais que ça puisse nous arriver à nos enfants.  JAMAIS.

Nous partons de la maison.  Les enfants ne savent pas la gravité de la situation, ils se sont empressés de lire dans le journal et lisent que leur frère s'en est sorti.  Je suis trop lâche pour leur annoncer que leur frère est déjà mort, selon ma compréhension des explications du médecin.  J'ai honte, vous ne savez pas à quel point.  Je bullshit à Annie et Caroline que c'est mieux comme ça que le journal dise cela, si jamais il prendrait du mieux par miracle, on ne leur aurait pas fait de peine inutilement. 

J'annonce à Caroline que j'allais acheter un toutou pour notre grand garçon.  Je lui dit tu sais le Mickey Mouse en Merlin, comme celui qu'il avait bébé, son Merlin qu'il adorait.  Je me disais que son Merlin pourrait faire le miracle que nous espérons tous.  On s'étouffe tous les deux au téléphone, on choke, même plus capable de simplement se dire "bye" au téléphone. On raccroche avec un "uh".

J'oublie tout.  J'ai presque plus d'essence et j'ai failli oublié d'aller en mettre.  On va déjeuner mais il est trop tard pour les déjeuners, alors on prend un dîner.  Pendant qu'Annie va chercher le repas, je reçois quelques téléphones, dont le journaliste de LaPresse, Tristan Péloquin, à qui j'avais envoyé un petit courriel ce matin avec le lien du blog.  On jase quelques minutes, et je lui confie que ce blog servira surement à nous aider à passer cette épreuve.  Notre chagrin est trop gros pour juste nous.

Ensuite nous allons acheter une brosse et un peigne pour Caroline.   J'ai beau chercher, rien à faire, un Mickey Mouse en Merlin, y'en a plus depuis probablement 18 ans!  Je fini par aller dans une animalerie et j'achète un petit minou tout noir avec un bandeau or.

J'arrive à l'hôpital vers 12h00.  Caroline est à l'urgence au rez-de-chaussé depuis 11h00, elle vient de craquer et n'en peut plus.  Elle obtiendra un "traitement de faveur" après quelques heures d'attente pour aller rencontré le docteur pour une annonce importante à propos de notre fils, couché et tranquille au 9e étage de l'unité des soins intensifs.  On lui a precrit et donné des Ativan, après je crois 4 heures d'attente.

La tante de Caroline me confirme que l'on a retracé mon fils Alexandre, qui n'était pas revenu de l'école hier, c'est lui qui avait reçu l'appel vers 2h du matin à la maison mardi.  On tente de lui trouver une façon d'être transportée de Valleyfield à l'hôpital, mais ça coûte un bras.  Je décide avec Annie d'aller le chercher, pour ensuite revenir prendre les enfants à Laval pour une visite de leur grand frère.

En allant chercher Alexandre, je me suis arrêté avec ma conjointe au lieu de son accident, aux Cèdres.   Ne sachant pas précisement où avait eu lieu l'accident, j'ai presque causé un accident en m'y arrêtant.  Je me stationne sur l'accotement.  Il y a des traces blanches sur la route, mais des grands "vides", les endroits où l'auto ne touchait même plus à la route.

Dans le fossé, il y a un pied d'eau, tout au plus.  Les miroirs de son Grand Prix et des verres de café vides écrasés jonchent par terre, dans la neige.  Les quenouilles se sont couchées dans la neige, comme des petits amortisseurs qui ont servi à arrêter à folle poursuite du véhicule de Daniel.  Nous faisons le tour, cette vision me glace le sang.  Je fini par déraciner la plus haute quenouille sur les lieux et je l'ai mise dans ma Caravan.  Comme Daniel est le plus grand de la famille, il me fallait prendre la plus haute quenouille qui a accompagné mon fils à sa dernière respiration vers son dernier repos.

Vers 15h00, le papa de Emmylou m'a téléphoné sur mon cellulaire alors que j'étais allé chercher mon dernier fils Alexandre, l'aîné des jumeaux, à la maison de sa maman à Valleyfield, et je devais aller chercher les autres enfants chez nous à Laval, j'étais rendu à Pointe-Claire, j'ai donc foncé vers l'hôpital, les minutes de Daniel était compté m'a-t-il dit.  Alexandre ne le savait pas encore, il avait lu dans le journal de Montréal ce matin que son frère était "hors de danger".  Il allait apprendre avec stupéfaction que son grand frère, son idole, n'allait pas survivre.

Annie téléphone à sa fille qui est avec les enfants pour leur dire d'attendre qu'ils ne pourront pas voir Daniel tout de suite, qu'il ne va pas bien.  Mélissa veut savoir, insiste à presqu'en faire perdre patience à sa maman.  C'est normal, ils ressentent que ça cloche, même si le journal disait  autrement.

Il est 3:13.  Nous arrivons devant l'Hôpital Général.  Le ciel est bleu me fait remarquer Annie, bleu sans aucun nuages.  Le vent est frais, mais il fait chaud.   Tout est LONG.  Tout prend un temps fou.  Ça n'avance pas.  J'ai l'impression que la tête va m'exploser, et pourtant, j'ai pris déjà 5 tylenols dans la dernière heure.

On arrive.  Je ne sais même pas si je suis en retard.  En entrant dans le corridor vers les ascenseurs, j'avais oublié de fermer mon cellulaire, et il sonne.  Je réponds, et c'est le papa de Emmylou à qui je dis:  Je suis en bas, et je l'entend dire à qq1 que le papa de Daniel arrive.  Le coeur veut m'éclater.

Par Jean François Gagne - Publié dans : unvote
Ecrire un commentaire - Voir les 65 commentaires - Recommander
Retour à l'accueil

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>

Recherche

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus